Liberté ! Lila, l’oiseau sorti de sa cage (dorée)

Woman contemplating the waves

Quand j’ai rencontré Lila Bérard pour la première fois, il a tout de suite été question d’énergie. Avant d’échanger sur sa reconversion, j’ai ressenti une force tranquille émanée d’elle, quelque chose de très doux et, en même temps, de profondément puissant.

Surprenant non, ce qui peut se dégager d’une personne en à peine quelques mots ?

Cette énergie, Lila la doit à une liberté retrouvée : celle de pouvoir tracer sa voie et d’aligner ses valeurs dans sa vie personnelle ET professionnelle.

Un sacré cheminement.

Mais je ne t’en dis pas plus, je te laisse lire la suite !

Hello Lila ! Peux-tu nous en dire un peu plus sur toi ?

Bonjour Pauline 😊

Je m’appelle Lila, j’ai 30 ans, je suis mariée sans enfant et depuis avril 2019, je suis en pleine reconversion professionnelle.

Top ! Quel est ton rapport avec l’écologie ?

Comme beaucoup, j’avais déjà une sensibilité écologique depuis longtemps. Je voulais initialement travailler dans la « Communication Durable » mais à l’époque on m’a vite fait comprendre qu’il n’y avait pas de débouchés. Via mes expériences pro, je suis petit à petit arrivée dans le secteur événementiel.

En 2017, j’ai voulu réduire mon empreinte carbone et je me suis mise aux écogestes : je faisais des cosmétiques et produits d’entretien moi-même, j’essayais de réduire mes déchets, j’ai petit à petit réduit puis supprimé la viande de mon alimentation…

Mais assez rapidement, j’ai constaté que ça ne me suffisait pas ; que ce que j’appliquais dans ma vie perso, je ne l’appliquais pas du tout dans la sphère pro. Et au fur et à mesure, ça devenait de plus en plus difficile à vivre.

En fait, je n’étais tout simplement pas heureuse.

Comment ça se passait dans ta vie professionnelle ?

Honnêtement ? Plutôt bien, en surface !

J’avais un job assez fun, stimulant, où il fallait faire preuve de beaucoup de créativité. L’ambiance était très sympa ; l’agence avait un esprit familial, on était dans une maison… il y avait même un chat !

J’ai beaucoup évolué aussi, en passant d’assistante de projets événementiels à une position managériale au fur et à mesure des années (j’ai terminé Directrice de production).

Mais malgré l’intérêt et la variété de mes missions, ma motivation a petit à petit décliné.

Lila Berard lorsqu'elle travaillait dans l'événementiel

Il y a eu plusieurs facteurs : déjà, j’étais beaucoup moins « sur le terrain », ce qui m’avait longtemps plu dans ce métier.

Ensuite, je me suis rendue compte que le secteur dans lequel je travaillais (événementiel et voyage BtoB), au-delà de ne pas contribuer à la réduction des déchets et émissions de CO2, participait grandement à en générer…

Je n’arrivais plus à accepter cette dissonance cognitive entre mes efforts pour limiter mon impact personnel et mon incapacité à le faire au niveau professionnel.

« Ce que j’appliquais dans ma vie perso, je ne l’appliquais pas du tout dans la sphère pro. Et au fur et à mesure, ça devenait de plus en plus difficile à vivre. »

Pourquoi être restée ?

Parce que malgré tout, c’était intéressant, je m’entendais très bien avec les équipes, et enfin, parce-que le cadre et le salaire étaient confortables.

A chaque nouveau projet, je me raccrochais aux branches en me disant « tu vois, c’est pas si mal… »

Quel a donc été ton déclic ?

Il m’en a fallu plusieurs !

Le tout premier a été l’explosion du mouvement #MeToo, avec en parallèle toutes les actualités liées aux catastrophes écologiques. C’était comme si un volcan se réveillait : ce qui semblait inébranlable était tout d’un coup violemment secoué par les événements.

Et en moi, cette colère sourde qui montait ; je n’arrivais plus à faire semblant, à passer outre.

C’est à ce moment-là que je me suis vraiment mise à limiter mon impact environnemental, en commençant par une transition de mon alimentation.

Malgré tout, je suis restée dans mon boulot, avec cette sensation d’être dédoublée. J’étais constamment fatiguée, mais je tenais sur les nerfs. Je dépensais tellement d’énergie pour paraître forte, pour réussir, pour donner le change et montrer que j’étais tout le temps au taquet.

Ton 2e déclic ?

Lila Berard dans un passage parisien décoré de parapluies tombants

La lecture d’un livre sur l’Ikigaï pendant les vacances. J’ai réellement pris conscience que je n’avais plus envie de retourner au boulot. J’étais démotivée.

Je me suis aussi autorisée, pour la toute première fois, à me demander : « Est-ce que tu es vraiment heureuse ? ». Tu comprends, dans ma famille, j’ai un peu été élevée selon l’idée qu’« on a rien sans rien ». Alors se questionner sur son bonheur au travail…

Bref, ce livre m’a encouragée à postuler ailleurs, ce que j’ai fait, dans l’événementiel. C’était un peu par dépit car je savais que ça ne résoudrait pas la question du sens. Mais changer aussi de secteur impliquait un questionnement plus profond, de me projeter dans un inconnu, d’affronter mes craintes et là, c’était tout simplement impossible : à ce moment-là, je n’avais pas l’énergie et le temps nécessaire.

J’ai abandonné.

Un dernier déclic ?

Tu vas rire… une cartomancienne m’a tiré les cartes ! C’était dans le cadre d’une prestation test en agence, mais elle est venue confirmer que je n’étais pas à ma place et ça m’a secouée.

Et alors ?

Ben je n’ai rien fait. J’ai laissé quelques mois passer, durant lesquels j’avais de plus en plus mal au dos, j’étais de plus en plus exécrable avec mon conjoint… va savoir pourquoi ?! 😉

Et là, le déclic, celui qui a enfin tout fait basculer : j’ai assisté à une conférence de Carole Beloeil dont le thème était « Comment concilier quête de sens et vie professionnelle ? »

Je me souviens de ce moment précis où je me suis dit : « C’est possible de concilier les deux ; tu n’as plus d’excuses. »

J’ai été rapide : 2 jours plus tard, je demandais une rupture conventionnelle qui a été acceptée.

Génial ! Donc, depuis juillet 2019… Libérée, Délivrée ? 😉

Pas exactement, ce serait trop facile sinon ! Disons que c’était la première grande étape. Ensuite, je suis partie en quête de moi-même, de sens.

Honnêtement, c’était pas facile tous les jours. Sans le vouloir, je ressentais une certaine pression de mon entourage. On me renvoyait des « Alors ça y est, tu sais ce que tu vas faire maintenant ? »

Du coup, je remplissais mon agenda d’activités pour « garder le contrôle » et combler le vide.

Il y a-t-il quelque chose qui t’a particulièrement aidée dans ta quête ?

Oui ! J’ai participé à un Week-end « Exploration » organisé par Ticket for Change qui avait pour objectif de nous aider à remettre du sens dans notre vie professionnelle sur un week-end.

C’était incroyable ! Je faisais partie d’une sorte de « Collectif des gens paumés » et je me suis dit : « Cool ! Je vais enfin ne pas me sentir jugée car je suis entourée de personnes qui sont dans la même situation que moi ! »

Ça a vraiment été un week-end très puissant où j’ai fait de belles rencontres et j’ai appris beaucoup sur moi. Et après tous ces mois où j’avais beaucoup ouvert le champ des possibles, ce week-end m’a permis de trouver un chemin qui me convenait. J’avais profondément envie de concilier l’écologie, la nature avec l’alimentation.

Portrait de Lila Berard

Et après, quelle suite à ta reconversion ?

L’année qui a suivi a été très riche d’apprentissages, de découvertes et de rencontres.

Je me suis aussi rendu compte qu’il fallait que je me fasse accompagner dans ma reconversion ; que d’être tout le temps seule face à moi-même avait ses limites pour pouvoir avancer.

Par ailleurs, j’ai compris l’importance d’apprendre à se connaître. Si je ne le faisais pas, j’allais avoir tendance à aller là où mon entourage me projetait.

Le fait de me faire coacher m’a aussi permise de soulever certains blocages, notamment liés à l’entrepreneuriat (« Je ne vais pas y arriver… Je ne suis pas légitime… Comment je vais gagner ma vie ?… »). J’ai commencé à voir cette voie-là comme un moyen de satisfaire ma quête de sens et mes convictions profondes.

Un gros chantier personnel !

Carrément ! J’ai l’impression d’avoir fait un sacré nettoyage sur mes fondamentaux, la personne que je suis et celle que j’ai envie d’être.

J’ai beaucoup déconstruit certains schémas de penser, pour reconstruire autre chose.

Et aujourd’hui, j’ai vraiment pris conscience de ce qui était important pour moi dans la vie. J’ai envie d’être honnête avec moi-même, de continuer à faire preuve de bienveillance et de non-jugement vis-à-vis de moi-même et dans ma relation aux autres.

J’ai retrouvé ma liberté !

Comment ton conjoint a-t-il vécu cette transformation personnelle ?

Ah ha !

Quand je me suis mise à modifier mon quotidien, ma consommation, ça a parfois été source de tensions. Je me souviens par exemple dans quel état je me mettais quand il prenait du temps sous la douche !

Alors quand je lui ai annoncé ma rupture conventionnelle, il a eu un peu peur au départ, il m’a limite prise pour une illuminée !  Mais il a rapidement vu à quel point ce cheminement me faisait du bien, que je m’épanouissais, malgré les montagnes russes émotionnelles. Et ça lui fait plaisir 😊

Aujourd’hui, il est moins engagé que moi d’un point de vue écologique, mais il fait de plus en plus attention et il respecte mes engagements. Chacun avance à son rythme.

De mon côté, je me forme en parallèle à la Communication Non Violente. Ça m’aide à maintenir un dialogue constructif sur des sujets comme celui-ci, qui peuvent générer de grosses tensions.

Quelle serait TA définition de l’écologie ?

Pour moi, c’est vraiment une façon d’être, de vivre qui est respectueuse au maximum de la planète et des humains. L’écologie est environnementale, humaine, sociale.

C’est une philosophie de vie qui appelle à l’ouverture, la générosité, la bienveillance et le respect.

Elle nous invite aussi à plus de cohérence, vis-à-vis de nous-même et de ce qui nous entoure.

Pour moi, l’écologie est une notion holistique qui dépasse le seul champ de l’individu. Elle est profondément collective. Quand on est sensible à la préservation de la nature, on est sensible à un tout.

Quels sont les projets sur lesquels tu travailles actuellement ?

Il y en a plusieurs ! ;)

Je suis bénévole au Quai des possibles, un tiers-lieu et espace de coworking situé à St Germain en Laye. Je développe la programmation et l’offre de restauration durable sur place :) un très beau challenge
Je donne également de mon temps à l’association Girls Club, qui accompagne les jeunes femmes et minorités de genre à explorer leur potentiel. Et je contribue également au sein d’événements inspirants de Ticket for Change.

Mon projet entrepreneurial est également en route : je suis en train de construire des conférences de sensibilisation et des ateliers cuisine autour de l’alimentation saine et durable.

Mon but : aider un maximum de personnes à mieux manger, pour qu’ils/elles préservent leur santé mais aussi la Planète ! Je souhaite transmettre des clés, conseils et solutions faciles à appliquer, qui permettent d’avoir une alimentation vraie, gourmande, et la plus économique possible.

Pour le moment, j’ai testé des visios et ateliers enfants qui ont très bien fonctionné, et j’ai aussi créé une chaîne de vidéos de recettes, Les Petits Plats de Lila :)  

Mon projet prend forme et cela met et en joie !

repas sain
Atelier de cuisine saine et durable pour enfants
Dessert les petits plats de Lila Berard
pain réalisé par Lila Berard

Comment te sens-tu aujourd’hui ?

Bien ! D’un côté, j’ai l’impression que le cheminement vers ma reconversion aura été un peu long. Mais en réalité, ça m’a fait grandir en un temps record !

Je me sens comme un oiseau sorti de sa cage et qui goûte à la liberté – la vraie, pas celle qu’il s’est façonné dans sa cage dorée !

Je ne te cache pas que toute cette période m’a beaucoup secouée, mais les bénéfices sont tellement énormes. Bref, ça vaut le coup !

Quels conseils aurais-tu envie de donner à celles et ceux qui te lisent ?

J’en aurai 4.

  • Penser à soi avant de penser aux autres. On a trop tendance à faire des choix en fonction du regard des autres, en suivant des injonctions
  • Investir sur soi et surtout, ne pas avoir peur de creuser là où ça gratte ! Que ce soit via des lectures, un coach, en participant à des ateliers, des conférences, au travers d’un travail thérapeutique… ça aide tellement à dépasser ses mécanismes, comprendre comment l’on fonctionne…
  • S’entourer. Rencontrer des personnes qui sont également en quête de sens ou qui ont vécu cela. Les relations sont fluides, il n’y a pas de jugement, et ça ressource vraiment !
  • Contribuer, aider, passer à l’action. Choisir des causes qui tiennent à cœur permet de sortir du cercle vicieux lié à l’inaction. Rien de mieux pour booster l’estime de soi, éprouver de la satisfaction et chasser la culpabilité.

Où peut-on te suivre ou te contacter ?

Logo Les Petits Plats de Lila

Liberté ! Ce qu’il faut retenir de l’interview de Lila…

Lila Bérard et son bon petit plat

1/ Apprendre à se connaître est la clef d’une vie authentique et réussie… pour soi. Car au final, il s’agit bien de SA vie.

2/ Rester optimiste : ce n’est pas parce qu’on ne voit pas de solution qu’une solution n’est pas en train de se profiler.

3/ S’entourer ! Que ce soit de personnes dans la même situation ou de professionnels. Ça donne de l’énergie !

Merci Lila ! 👏

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