Ecologie & cerveau : WTF ?!

L’approche comportementale au service de notre transition écologique

Approche comportementale et écologie : les green nudge

Pourquoi est-ce que le changement, c’est si compliqué ? Pourquoi sommes-nous si paradoxaux dans nos comportements ?!

Ces questions ont longtemps taraudé Laëtitia Guibert jusqu’à ce qu’elle aille creuser du côté des neurosciences et de l’approche comportementale.

Et là, c’est le grand TILT : la majeur partie de nos décisions sont prises par notre cerveau en mode pilote automatique.

Et le cerveau, lui, n’aime pas changer. Mais alors pas du tout (du-tout-du-tout-du-tout…).

Et s’il y avait un moyen de tromper ce petit dictateur afin qu’il nous aide, en douceur, à transformer nos habitudes ?

C’est l’objet de cet entretien passionnant avec Laëtitia !

Bonjour Laëtitia Guibert ! Peux-tu nous dire qui tu es ?

Bonjour Pauline !

Je m’appelle Laëtitia Guibert, j’ai 30 ans, je vis à Grenoble et je suis actuellement en pleine reconversion professionnelle.

Quel est ton parcours professionnel ?

Et bien, j’étais plutôt bonne élève ne sachant pas trop quoi faire de ma vie. J’ai donc suivi le chemin « classique » : Bac S, prépa, école de commerce puis…

Vent de panique ! C’est quoi la suite ?!

Ayant toujours été animée par cette notion d’utilité sociale, j’ai choisi de poursuivre mes études et de me spécialiser dans le management durable et la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises).

J’ai ensuite démarré ma carrière au sein d’un laboratoire cosmétique en tant que Chargée de RSE. C’était très chouette ! J’ai bossé sur plein de sujets, rencontré plein de gens mais… je me suis rapidement rendu compte que je n’étais pas formatée « grosses boîtes » et que la vie à Paris ne me convenait pas.

Je suis donc retournée en province, à Grenoble. J’avais trouvé un poste de consultante en RSE et ma mission était d’accompagner les entreprises dans leur transition écologique.

Plutôt en phase avec ton envie de te rendre utile ?

Oui, mais… en fait, j’étais partagée.

D’un côté j’avais le job de mes rêves et d’un autre côté je ressentais, de plus en plus, une certaine forme de désillusion :

J’avais l’impression de ne pas faire évoluer les lignes suffisamment vite au regard des enjeux actuels, que la RSE était finalement davantage un outil de communication plutôt qu’un outil de transformation, de réinvention.

J’avais envie qu’on prenne le sujet à la racine et qu’on se demande, par exemple, comment transformer le modèle capitalistique de l’entreprise ? Comment amener l’entreprise à repenser son rôle sociétal ? Quelle contribution l’entreprise peut-elle apporter au bien commun ?…

Au bout de 3 ans, je suis partie. Je ne me sentais plus suffisamment utile ; je n’arrivais pas à changer les entreprises comme je le voulais.

Tu bouillonnais de questions ?

Oui ! Et notamment :

Pourquoi est-ce que le changement, c’est si compliqué ? Pourquoi sommes-nous si paradoxaux dans nos comportements ?

Pourquoi, même si on sait qu’on fonce dans le mur depuis des années, on ne fait rien ?

C’est dans les sciences cognitives que j’ai (enfin !) commencé à trouver des réponses.

Les sciences cognitives ?

Les sciences cognitives sont une approche pluridisciplinaire qui vise à étudier les mécanismes de la pensée pour mieux comprendre le fonctionnement de l’esprit humain… et donc ce qui poussent nos décisions et conditionnent nos comportements.

On a tendance à résumer cette approche aux neurosciences mais en fait, elle inclue également la linguistique, l’anthropologie, la philosophie, la psychologie et l’intelligence artificielle.

C’est un sujet passionnant !

Je me suis donc formée à l’INC, l’institut neurocognitif, et j’ai enfin compris qu’il y avait des raisons biologiques qui expliquaient pourquoi il était si difficile de changer.

Ça change tout !

Je m’explique : 95% de nos 35000 décisions quotidiennes sont prises par notre cerveau en mode pilote automatique.

En comprenant comment notre cerveau fonctionne, on peut donc utiliser cette tendance à notre avantage. En d’autres termes : on va chercher à « tromper » le cerveau et lui faire prendre la décision que l’on souhaite.

95% de nos décisions sont prises de manière automatique par notre cerveau

Magique ! Une conduite du changement tout en douceur…

Tout à fait !

L’une des applications transposable à la transition écologique est ce qu’on appelle le « Green Nudge » – nudge signifiant « petit coup de pouce » en anglais.

Et c’est vraiment ce qui fait sens, aujourd’hui, pour moi : pouvoir faciliter le passage de l’intention à l’action. D’où ma reconversion dans le projet : ACT.

Pourquoi changer est-il donc si difficile ?

En fait, changer demande beaucoup d’énergie… et ça fait peur ! Nombreux sont ceux qui préfèrent donc rester dans leur zone de confort.

Prenons par exemple un changement professionnel : une étude de Ticket for Change (2016) a révélé que si 94% des Français voulaient changer leur mode de vie pour contribuer au changement sociétal et/ou environnemental, seulement 20% passaient à l’action !

Ce qui nous empêche d’agir sont nos biais cognitifs.

Qu’est-ce qu’un biais cognitif ?

Un biais cognitif est un raccourci mental utilisé inconsciemment pour prendre une décision ou interpréter une situation rapidement.

 

Très utile dans la vie de tous les jours, ce raccourci s’avère parfois trompeur ou faussement logique… et donc compliqué à gérer lorsqu’il s’agit de modifier un comportement.

Quels sont les biais qui nous freinent, notamment dans notre transition écologique ?

Il y a 8 biais majeurs :

  • La sur-confiance: « J’ai confiance, la technologie nous sauvera ! »
  • La confirmation : « J’ai lu un article qui dit que l’avion, ce n’est pas ce qu’il y a de pire ! »
  • L’optimisme : « On finira bien par trouver une solution, ça va aller »
  • L’inertie : « J’ai toujours fait comme ça, pourquoi je changerai ?! »
  • Le temps présent: « Ras-le-bol de cette ambiance morose… j’ai envie de me faire plaisir ! »
  • La disponibilité mentale: « Après moi, le déluge ! »
  • L’affect: « J’adore voyager, je me sens vivre ! »
  • La pensée de groupe: « Pas question qu’on me prenne pour un écolo-bobo ! »

C’est un peu inquiétant tout de même pour nous ?!

Oui et non, car nos erreurs sont systématiques et donc… prévisibles !

L’objectif de l’approche comportementale permet donc, entre autres, d’accompagner dans la compréhension et le dépassement de ces biais.

Aurais-tu un exemple de Green Nudge à nous donner ?

Celui qui a beaucoup marqué les esprits concerne Copenhague.

Aujourd’hui, cette capitale est considérée comme très propre. Mais, auparavant, les Danois jetaient systématiquement leurs détritus parterre.

Le Green Nudge choisit : des traces vertes de pas au sol, pour indiquer la poubelle la plus proche.

Le résultat a été radical : en simplifiant le coût perçu de l’action (c’était très simple à suivre) et en activant le biais de l’affect (c’est drôle, on s’amuse), il y a eu une baisse de 43% de détritus au sol en un temps record.

Les Green Nudge ont donc pour toi un rôle prépondérant à jouer dans notre transition écologique ?

J’en suis convaincue. C’est pour ça que j’ai créé les « Ateliers Nudge ».

Au travers de ces ateliers, mon objectif est :

 

  • D’orienter les comportements dans le sens de la transition écologique
  • De manière douce et non contraignante
  • Et sans priver la personne de sa volonté de faire ou de ne pas faire.

Dans le cadre de mes ateliers, on va identifier un comportement à changer et on va s’amuser à créer un Nudge autour.

Pour la petite histoire, j’ai créé plein de nudge chez moi !

Quel est la plus grande force pour toi de cette approche comportementale ?

Tu as déjà dû le remarquer : c’est tellement plus agréable d’amener ton entourage à modifier leurs habitudes sans passer ton temps à leur faire des reproches !

Si tu adoptes systématiquement un discours moralisateur, tu risques le blocage : la personne va se sentir attaquée, stressée. Sa réaction ? La lutte, l’inhibition ou la fuite.

Dans tous les cas, tout le monde sort perdant.

Est-ce que pour toi, les Nudge suffisent pour inciter au changement ?

Non, ce serait trop simple !

Un autre levier très puissant pour faire évoluer nos comportements : les récits.

L’être humain est la seule espèce fabulatrice qui doit, notamment, sa survie à sa capacité de coopérer autour de récits communs !

Les récits (l’argent, les droits de l’hommes, la religion, les frontières, les états etc.) conditionnent les normes sociales qui elles-mêmes façonnent nos comportements. Si on les change, c’est toute une façon de penser et d’agir qui évolue avec !

Aujourd’hui, les récits liés à la crise écologique font peur. C’est tout à fait compréhensible : ils remettent tellement de choses en question !

Résultat : si l’on inonde les gens de récits alarmants, au lieu de les encourager à changer leur mode de vie, on va plutôt les conforter dans leurs récits dominants destructeurs.

Tout l’enjeu est donc d’inviter à un changement en douceur tout en créant de nouveaux récits qui soient désirables.

Spiderman lit : les récits pour changer les normes et agir pour la transition écologique

En fait, il s’agit de créer des histoires alternatives au récit dominant ?

Exactement !

On a tous la possibilité de se créer des histoires alternatives. Nos habitudes sont conditionnées par des histoires – par exemple, la voiture comme objet cool, statutaire. Ou le fait de manger de la viande à chaque repas.

Or, une histoire est une succession d’événements qui ont un fil conducteur. En recréant une nouvelle histoire et en renforçant la connaissance de celle-ci, s’offre à nous un choix : à quel le récit ai-je envie d’adhérer ? Le récit dominant ou le récit alternatif ?

Plus on verra de récits alternatifs apparaître, plus ils viendront affaiblir les récits dominants.

D’où l’enjeu aussi de comprendre et d’agir sur les mécanismes cognitifs véhiculés par la pub, le marketing, l’éducation, l’infobésité, … Ils influencent nos prises de décision.

Quelle est la suite pour toi, Laëtitia ? Comment vas-tu développer ton accompagnement à la transition par l’approche comportementale ?

En jetant un coup d’œil dans le rétroviseur de ma vie, je me suis rendu compte que j’ai toujours été animée par l’envie d’éveiller et d’inspirer le changement pour se réinventer durablement.

Mes expériences passées m’ont apprise qu’il était nécessaire de remettre le facteur humain au centre de la question de transition pour permettre le changement de paradigme nécessaire à notre société

A travers ACT, je souhaite faciliter le changement de comportement des individus et des organisations pour actionner la transition. Grâce à l’approche neurocognitive et comportementale, j’accompagne le passage de l’intention à l’action en facilitant l’adoption de nouveaux comportements alignés aux enjeux de la transition écologique.

Pour cela je propose différents ateliers :

  • Atelier Nudges Verts pour contourner les mécaniques automatiques et les biais cognitifs qui freinent l’adoption de nouveaux comportements allant dans le sens de la transition
  • Atelier Nouveaux Récits pour mobiliser notre imaginaire afin de créer des récits alternatifs pour conditionner des nouveaux comportements plus alignés aux enjeux de la transition
  • Atelier Bascule (issu du CoDev) pour apprendre à basculer du Mode Mental Automatique au Mode Mental Adaptatif afin de gérer une situation complexe de transition et trouver des solutions constructives grâce à l’intelligence collective.

Vive l’approche comportementale ! Ce qu’il faut retenir de cette interview :

  1. 95% de nos décisions sont prises par notre cerveau en mode pilote automatique. A chaque fois que tu sens une légère dissonance en toi, demande-toi : quel biais est activé à cet instant précis ? Est-il sensé ou pas ? C’est peut-être l’occasion de réorienter une décision ?
  1. Pour inciter ta famille et ton entourage à modifier leurs habitudes, et si tu créais tes propres nudge ?Efficacité maximale pour des prises de bec minimales 😊
  1. On a tous la possibilité de se créer des histoires alternatives. L’Histoire est truffée d’exemples qui vont dans ce sens-là… il faut juste choisir de le faire et y croire !

Où retrouver Laëtitia Guibert ?

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